J'ai rencontré la Bégum Bhutto pour la dernière fois il y a une vingtaine d'année pour un numéro spécial de L'Express. C'était à Islamabad, la capitale politique du Pakistan. Elle était alors dans l'opposition et espérait revenir au pouvoir pour la troisième fois.
Mais les accusations de corruption qui pesaient sur sa tête devaient l'empêcher de redevenir premier ministre. Définitivement, on le sait aujourd'hui.
Elle n'était pas meilleure ni pire que les autres politiciens de la région. Elle était femme ce qui, même dans un pays musulman, n'était pas une nouveauté puisque deux Bégum avaient déjà été à la tête du gouvernement du Bangladesh, l'ancien Pakistan oriental. Elles s'étaient d'ailleurs joyeusement combattues alors, ne renonçant à aucune des perfidies auxquelles leurs collègues masculins recourent volontiers. Comme quoi, le sexe ne fait rien à l'affaire, et c'est le pouvoir et l'appétance du pouvoir qui déterminent l'action politique.
Toutes les femmes dirigeantes politiques du sous-continent indien ont d'ailleurs accédé au pouvoir autant par leur filiation - ou leur mariage - que par leurs qualités propres. C'était vrai en Inde comme au Pakistan et au Bangladesh (Indira Gandhi fille de Nehru, Benazir fille de Zulfikar Ali Bhutto, les Begums bangladeshis, Khaleda Zia veuve de l'ex-président Zia et Hasina Wazed fille de Mujubur Rahman) ainsi qu'au Sri Lanka (Mme Bandanaraike, veuve d'un premier ministre assassiné).
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